PENURIE D'EAU
Le moulin supporta sans broncher toutes ces tribulations, puis reprit son activité d'antan. Une activité souvent contrariée par le manque d'eau...
En effet, depuis la disparition du réservoir latéral de Saint-Martin, le bief se révélait parfois insuffisant. Ce n'était d'ailleurs pas une nouveauté puisque, déjà le 3 décembre 1787, Jacques-François Daudergnies prétendait que «le village de Basècles de 900 habitants, a pour haut-justicier son comte l'abbé de Saint-Ghislain qui revendique le droit de banalité pour son moulin à eau, alimenté par un «bié» qui est nourri par de petites sources qui viennent des environs... Il a un seul tournant avec une couple de pierres, on ne peut y placer un second tournant. Le «bié», lorsqu'il est plein, peut tout au plus faire tourner le moulin pendant six heures de la journée s'il n'y a pas de sécheresse...»
Mais le XIXme siècle était en marche. L'eau et le feu allaient s"unir - singulier paradoxe - pour créer une forme d'énergie nouvelle : la vapeur.
DERNIERS MEUNIERS
Le 19 octobre 1858, Jean-Baptiste Letot, meunier, sollicite des autorités communales l'autorisation d'installer une machine à vapeur de 8 CV, «pour mettre en mouvement un moulin à farine tenant à la chaussée de Mons, à Vve Cornu, à Héraut Anthoine, à Vve Dufourny, à Vve Espel et au chemin des prairies». L'autorisation fut immédiate.
Fébrilement, on installa la dévoreuse de charbon dans une des deux petites constructions à pignons qui se trouvaient près du moulin, puis l'on construisit l'inévitable grande cheminée.

Pauvre vieux moulin ! Cette chandelle fumante n'était pas faite pour l'embellir!... Mais l'euphorie de la vapeur ne supplanta jamais entièrement les forces de l'élément aqueux.
Des Letot, le moulin passa aux Foucart.
En 1914, au soir d'une longue journée de travail, Anatole, le fils du meunier, prit froid et mourut quelque temps après, victime de la grippe asiatique. Il avait un peu plus de vingt ans...
La fille du meunier se maria avec M. Coxyns, un fermier-marchand de bestiaux qui habitait Leuze.
En 1922, les époux Coxyns-Foucart installèrent dans le moulin un de leurs amis, originaire de Wodecq : Eloi Thomas, qui exerçait le même métier. Celui-ci s'adjoignit aussitôt trois personnalités assez populaires à l'époque. D'abord Nanard, el querton cachant à monnées (commissionnaire cherchant le grain à moudre), ensuite Paul qui faisait tourner le moulin (le véritable meunier, en somme) et enfin le sympathique domestique, dit Milo.
Ainsi encadré, Eloi Thomas décida, avant toute chose, de nettoyer le vivier afin d'en augmenter la capacité.
Quel nettoyage ! Pendant six semaines, avec sept chevaux, on évacua mille deux cents barottées de gadoue que l'on déversa sur les prairies... Du coup, la hauteur d'eau augmenta et les valeurs énergétiques du vivier revinrent à l'honneur !
Eloi, d'accord avec Coxyns-Foucart, entreprit le démontage de la machine à vapeur et le monstre à balancier finit ses jours dans le ventre d'un haut-fourneau...
Pourtant ce départ se fit sentir et un industriel baséclois, Floran Bouchez, fut chargé d'installer un moteur électrique «en cas de sécheresse du vivier».
En 1931, Eloi Thomas ne renouvela pas son bail. Pendant une courte période, dix-huit mois à peine, un autre meunier, venu de Saint-Maur, fit tourner le moulin.
Le dernier meunier locataire s'amena en 1934. Fernand Mahieu combina, lui aussi, l'énergie électrique et la force hydraulique, l'une suppléant aux défaillances momentanées de l'autre.
Le temps s'écoula et il passa beaucoup d'eau au moulin..

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Après la Libération, en 1945, lasses sans doute de leurs six siècles de labeur et vaincues par les minoteries modernes, les vieilles meules s'endormirent d'un profond sommeil...
Quinze ans plus tard ,le vivier fut remblayé !
En février 1970, les démolisseurs apparurent, abattirent les vieux murs, effacèrent les vestiges antiques. Seuls subsistent les souvenirs.